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NTM – Gaëlle Ghesquière – Entrevue !

NTM THATS’MY PEOPLE – Éditions de la Martinière – septembre 2019 de Gaelle Ghesquière et Joey Starr.

NTM c’est le groupe qui m’a marqué jeune. C’est le groupe de notre génération, c’est le groupe qui n’avait pas été invité dans nos salons et pourtant derrière leurs frasques, c’était un exutoire incroyable pour nous. NTM ce sont les longues heures que j’ai passées à regarder la pochette d’Authentik, le premier album. Je me souviens jeune n’avoir jamais été autant excité d’aller à la Fnac, d’y rentrer comme un sauvage, dans l’impolitesse la plus totale et prendre à chaque fois le nouvel album du groupe. NTM c’est ma sœur avant tout, c’est elle qui avait mis la main sur Rapatitude, la 1re compilation de rap français dans lequel figurait entre autres la première chanson studio du groupe Je rap. Finalement, le groupe Suprême Nique Ta Mère aura été traîné dans la boue par Éric Raout, Charles Pasqua, mais Joey Starr finira par aller dîner à l’Élysée en décembre 2014 en compagnie de François Hollande et Julie Gayet et si ça ce n’est pas un pied de nez magistral.

NTM aurait dû venir au QC en 2009… oui aurait dû. IAM remplacera le groupe au pied levé. Également, Joey Starr aurait dû assurer un concert aux Francofolies de Montréal, mais les douanes canadiennes sont très fébriles, tout le monde le sait… NTM c’est aujourd’hui ma magnifique rencontre avec celle qui a été leur photographe officielle depuis les années 90 et c’est le début d’une belle amitié. NTM c’est Joey Starr qui finira à l’Assemblée Nationale pour déclamer ses textes !!

Pite : Salut Gaëlle, bienvenue sur Onzmtl, rentrons dans le vif du sujet, comment est arrivée la photo dans ta vie ?

Gaëlle : À la base je n’étais absolument pas passionnée de photo puis j’ai appris toute seule. Je faisais de hautes études spécialisées en ethnolinguistique et du fait que je m’ennuyais à la Faculté j’ai décidé de faire un stage dans un quotidien à Paris. J’écrivais des articles sur des naissances et fins de magazines. La direction ne pouvait pas me payer donc elle m’a demandé ce qui me ferait plaisir. J’ai dit que j’aimerais beaucoup aller à un concert et finalement je me suis retrouvée avec un passe photo à un concert des Red Hot Chili Peppers ; j’avais 19 ans et je n’étais jamais allée à un concert de ma vie.

Pite : Quel était le premier concert en tant que photographe ?

Gaëlle : C’était le groupe Red Hot Chilli Peppers justement. C’est fou car je n’arrêtais pas d’écouter l’album One hot minute dans mon walkman et pour la première fois de ma vie, je vivais en live ce que j’écoutais dans mes oreilles.

Pite : Comment s’est passée cette première soirée de photographe improvisé ?

Gaëlle : Comment ça marchait à l’époque, tu avais droit à faire des photos pendant 3 morceaux et après fallait laisser ta place. Finalement, je finis par discuter avec une dame de la Warner qui me demande si je suis la photographe professionnelle. Elle me fait savoir qu’elle a besoin d’un photographe professionnel pour aller en backstage photographier le groupe pour la remise du disque d’or. Je ne l’étais pas vraiment, professionnelle, mais bon ahha. Donc en deux temps trois mouvements, je me retrouve avec les Red Hot Chilli Peppers et je les prends en photo. Cette histoire arrive aux oreilles de Philippe Manœuvre qui a flashé sur les photos live. De là je n’ai eu le temps de rien expliquer sur ma situation, mes études, et le lendemain je photographiais Tina Turner, le surlendemain Björk, et j’ai continué. J’étais juste à l’appareil photo jetable et dis-toi qu’au début je n’avais même pas l’argent pour m’acheter un appareil.

Pite : Donc ton apprentissage s’est fait sur le tas ?

Gaëlle : Mais carrément ! J’ai acheté des livres, j’ai appris par moi-même, je ne savais même pas ce qu’était un ISO. On me donnait tellement de responsabilités qu’il fallait que très rapidement que je devienne capable de photographier en fait.

Pite : Par hasard, tu aurais une idée de combien de concerts tu as fait ?

Gaëlle : Wow !! Franchement on doit être au-delà de 5 000 voire plus même. Par exemple, j’ai des tas de photos de Bob Dylan, Michael Jackson, mais comme je n’étais pas photographe de métier je n’ai pas bien archivé. Je rangeais tout cela dans des classeurs d’école, encore aujourd’hui je redécouvre des photos hallucinantes. Le truc c’est que je ne pensais pas photo, car on était en argentique, je faisais deux pellicules et basta. Aujourd’hui je me dis que devant Michael Jackson j’aurais pu faire plus que deux pellicules, haha.

Pite : Et tes études dans tout ça finalement ?

Gaëlle : Ben ça s’est arrêté tout seul, de manière dégressive. Vu que je commençais à travailler de plus en plus ben j’ai dû arrêter. Je passais des photos live aux pochettes de cds. Par exemple, j’ai fait la pochette du premier live des Deftones, puis j’ai travaillé pour d’autres magazines, j’ai rencontré Sepultura, etc, donc voilà, le train était lancé.

Pite : Comment tu en es venue à NTM alors ?

Gaëlle : Faut savoir déjà qu’NTM faisait peur et leur premier tourneur Angelo Gopee n’arrivait pas toujours à les booker. C’est pour ça qu’on les retrouvait à l’époque dans des festivals comme Rock à Paris ou les Eurockéennes. Les gens en maison de disques regardent les photos des magazines et j’ai commencé à me faire une réputation pour des clichés rock et NTM était rock dans son attitude. De là j’ai fait quelques clichés à ce festival Rock à Paris et je les ai envoyés en remerciement à Zaia Haddouche, attachée de presse d’NTM de 1997 à 2000. Un jour Joey Starr remarque une de mes photos (pochette 93 party) dans le bureau de Zaia et flash dessus. De là, j’ai été envoyée à leur studio à Aubervilliers pour voir si le courant allait passer entre le groupe et moi et c’est super bien passé.

Gaëlle Ghesquière
Gaëlle Ghesquière

Pite : Parlons de Franck Chevalier ?

Gaëlle : Franck vient de la mode en fait et il était l’attaché de presse de Jean-Paul Gauthier et quand tu regardes leur clip Le Monde de demain tu t’aperçois des vêtements avant-gardistes : pull Mugler, Adidas Colonna qu’ils avaient et c’est ça qui directement a créé le côté décalé d’NTM en fait. Les vêtements que le groupe portait dans ce vidéo-clip c’étaient des vêtements très tendance au début des années 90. Joey Starr a toujours été un dandy, c’est Caribbean Dandee…

Pite : Ce que j’apprécie dans ton livre c’est son agencement, comment tu l’as construit et mis en page. C’est un livre de photos avec un peu de texte pour l’accompagner et avec des croquis. On en retrouve plusieurs, un fait par Nina Hagen qui était la marraine d’NTM, un par Béatrice Dalle, bref la construction est originale.

Gaëlle : En fait, ce livre j’ai commencé à le construire dans ma tête il y a des années déjà et je repoussais tout le temps car j’avais des archives argentiques colossales, il fallait tout scanner et le travail a été titanesque. Puis un jour, ça m’a pris, j’ai enfourché mon vélo jusqu’à chez Joey Starr et je lui dis, je suis prête pour le livre, il m’a dit ok on prend rdv avec mon assistante et on en discute. Après je ne suis pas spécialiste de hip-hop donc il fallait quelque chose qui changeait. Ce qui a vraiment fait basculer c’est que je découvre que Nina Hagen à une date de concert à Nevers à 3 heures de Paris (9 mars 2019) alors j’ai foncé !

Gaëlle : Ce qui est très important à savoir et je l’explique en détail dans le livre c’est que Nina Hagen lorsqu’elle fait l’émission Mon Zénith à moi en 1990, invite pour sa carte blanche le groupe NTM, car elle était la compagne de Franck Chevalier, leur manager de l’époque. La suite est dans le livre, je vous laisse le découvrir.

Pite : Le déclic de Kool Shen lorsqu’il croise Destroy man et Jhonygo ?

Gaëlle : À la base NTM c’est un collectif de graffeur ; le 93 NTM et lors de cette rencontre, Destroy man et Jhonygo les confrontent en leur disant que le rap c’est le son, plus que le graffiti ou la danse, c’est la branche du hip-hop à la mode. En fin de compte, D & J lance une sorte de défi à Kool Shen. De ce fait, Kool Shen et Joey Starr écrivent « Je rap » que l’on retrouve dans la compilation Rappattitude, mais comme disait Joey Starr, on n’avait aucun plan de carrière. Qui plus est, ceci s’est déroulé sur la ligne 13 du métro parisien.

Labelle Noir

Pite : Le point fort de ton livre c’est le fait que tu t’attardes à certaines personnes dans l’ombre d’NTM, mais qui ont une importance majeure pour le groupe, je pense à Chino, Zaia, Vrej etc.

Gaëlle : Chino c’est le copain d’enfance de Joey Starr. Avec lui ils partaient la nuit graffer et surtout au début recouvrir les tags des autres. Un soir ils se sont regardés habillés tout en rouge comme des chiffonniers et Joey les a surnommés les Da Red Chiffons. Ma rencontre avec Chino a été vraiment très importante car il m’a donné plein de photos, j’ai vraiment ouvert une boîte de Pandore.

Pite : En 1998 la rencontre avec Vrej Minassian ?

Gaëlle : En 1998, il m’a contactée, car j’étais photographe de rock et il voyait mes photos passer dans Rock & Folk. Certaines de mes photos se sont retrouvées sur le double live de 1998, CD & DVD après avoir fait 93 Party. Vrej Minassian était le directeur marketing d’Épic le label du groupe. C’est une personne qui m’a beaucoup aidée. Ce contact que j’ai eu avec lui a vraiment concrétisé mon entrée au sein du groupe NTM. Je n’ai plus quitté le groupe après. Même quand Joey Starr était en solo, au théâtre je le suivais pour des photos.

Pite : Si on se recentre sur le groupe, qu’est-ce que tu peux me dire sur ce duo ?

Gaëlle : NTM, c’est un miracle si le groupe a duré autant de temps en fait. Mine de rien ils ont toujours travaillé à leur manière, mais pour le bien de groupe. Je me souviens avoir assisté à des répétitions et voir Kool Shen avec un chronomètre, c’est fou !! il bossait comme un dingue, tout était minuté à la seconde. Joey Starr c’est plus l’artiste à l’instinct, il pouvait ne pas être là, Kool Shen répétait tout seul et Joey Starr arrivait à un moment donné et bim tout glissait comme sur des roulettes, c’est deux dynamiques très différentes, mais qui ont fonctionné ensemble.

Pite : Dans ton livre, on en apprend sur la maman de Joey Starr, c’est vraiment une exclue là.

Gaëlle : À l’époque je ne voulais pas la faire paraître, en fait. Si tu remarques bien, la maman de Joey Starr se retrouve au cœur du livre, pour moi c’était essentiel. La photo qui se retrouve dans le livre est très importante et je laisserais les lecteurs aller y découvrir son histoire mais ce que je peux dire c’est qu’elle date du Zénith d’NTM en 1998. Cette photo-là à l’époque je l’avais offerte à Joey Starr qui l’avait mise sur son frigo à Saint Ouen. Le jour de la rencontre, on a passé cinq heures ensemble et dans le livre il n’y a qu’une petite partie de cette rencontre riche et amicale. Ça a été un moment extraordinaire, gravé à jamais.

Pite : intéressons-nous à l’entourage du groupe. Comment tu as décidé de parler de Ludo le régisseur et Jeff Léon, qui sont des personnes de l’ombre, un peu ?

Gaëlle : Tu t’aperçois que c’est une famille en fait. Également, des fans du groupe m’écrivent en me disant « on est une grande famille ». Quand tu es en tournée, il n’y a pas de starification, tout le monde est logé à la même enseigne. Ludo par exemple, il est dans mon deuxième livre « Who’s rock » il était DJ. Également, il m’a confié qu’il n’était régisseur que pour NTM. Jeff Léon l’ingé son ou Ludo le régisseur, ont une fierté immense à aller travailler pour NTM.

Pite : Aurais-tu un album préféré d’NTM ?

Gaëlle : À vrai dire, je n’ai pas d’albums préférés, je trouve qu’il y a des pépites dans chaque album. J’aime beaucoup le 1er Authentik, car c’était une découverte et que c’est brut. Paris sous les bombes, je trouve que c’est le plus abouti.

Authentik (1er album) + Paris sous les bombes ( 3e album)

NTM

Pite : Pour finir, tes futurs projets ?

Gaëlle : Je suis en train de monter un projet dans le berceau d’NTM pour 2021, surprise !!

Gaëlle Ghesquière et Joey Starr 

Gaëlle Ghesquière
Gaëlle Ghesquière

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Pite

Éditorialiste, musicien/mélomane, j’ai la plume passionnelle. Toujours le petit coup de crayon afin de souligner l'histoire.

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