D-TRACK en ouverture d’MC Solaar -Francos de Montréal-

De l’art solaire à la Solaar

Cela faisait longtemps que je voulais poser des mots en l’honneur d’Mc Solaar. Après bon nombre d’articles écrits sur la culture hip-hop de manière générale, je n’avais toujours pas écrit sur ce poète intergénérationnel. Si l’on fait abstraction de l’album Géopoétique sorti en 2017, ça faisait presque depuis mon arrivée au Québec que musicalement, je n’étais plus dans Mc Solaar, mais avec la réédition de ces 4 premiers albums, le fait qu’il soit très visible médiatiquement pour en parler et, surtout, le fait qu’il exprime son souhait de sortir de nouvelles chansons, c’est le moment pour enfin lui remettre mes lettres de noblesse, car après tout, il fait partie intégrante de ma culture musicale.

D-Track

Avant de m’évader dans mes souvenirs passés, je tenais à tout d’abord passer un énorme Big Up à un autre MC que j’affectionne particulièrement ; D-Track, qui sera en première partie de Claude Mc, le 17-06 aux Francos de Montréal. Ça se passe à la Place des Arts, salle Wilfred-Pelletier. D-Track est un rappeur en pleine effervescence à la discographie déjà bien garnie qui a le souci du mot juste, son dernier album ; Hull est pour moi un diamant brut.

Au commencement !

Dans le centre-ville de Point-à-Pitre en Guadeloupe, il y avait un petit disquaire où se mélangeaient allègrement les CD 2 titres et c’est précisément dans ce genre d’endroit où je rentrais les yeux bien ouverts, à la recherche de pochettes qui allaient me transporter. En 1990, j’étais très jeune et tout ce que je connaissais de la musique, c’était The Power de Snap qui était sorti en janvier 1990, soit 1 an et 6 mois avant Bouge de là. Girl You Know It’s True de Milli Vanilli qui était sorti 2 ans et 4 mois avant Bouge de là et enfin, Benny B avec ; Vous êtes fou, qui était sorti 1 an et 3 mois avant Bouge de là. Au milieu de tout ce rap aux teintes Dance et House music qui faisait mon quotidien, il y avait quand même le petit caillou dans la chaussure qui, lui aussi par sa pochette, m’avait secoué: Fear of a black Planet de Public Enemy, album sorti 1 an et 3 mois avant cette dernière semaine de juillet 1991 donc, période où est sorti le single ; Bouge de là. Bien avant la musique, les mots et le rythme, c’est la pochette qui m’a interpellé. Cette cover réalisée par Filip alias Philippe Huline, ancien Dj et collaborateur de Rock N Folk, est directement venue me taper dans l’œil et je me demandais bien qui était Mc Solaar.

À cette époque, j’avais déjà quelques cassettes. Mes parents avaient compris que de me laisser dans un coin Disques allait leur assurer la paix, le temps de leurs courses. Plus tard, j’allais devenir le genre de jeune à prendre le bus de ma banlieue, pour me rendre à la Fnac du centre-ville, et y passer tout l’après-midi, à écouter des disques et à challenger les vendeurs de la Fnac (disquaire français de renom). Au milieu de toute cette vague de rap hardcore qui déferlait sur le pays de Molière (Assassin, NTM, Timide Et Sans Complexe, EJM, etc..), il y avait Solaar qui très vite nous a montré que l’on pouvait traiter de sujets durs, sans crier, sans injurier et ceci détonnait beaucoup dans ma manière d’écouter du rap. Après tout, je ressentais la violence de Public Enemy sans comprendre les paroles, mais les groupes hardcore cités avant, avaient une plume pas forcément plus incisive que celle de Solaar, mais plus vulgaire et en fin de compte, la vulgarité a toujours été un moyen d’exprimer des frustrations quelque part, donc c’est de bonne guerre. À la volée: Relations Humaines, Armand est mort, La fin justifie les moyens, Paradisiaque …sont des textes incisifs aux sujets très sérieux, mais rapés avec une telle délicatesse folle que cela en devient de… l’art.

« Qui a dit que pour se faire comprendre fallait crier, chacun son trip, ma voix je préfère la poser» (Soon E mc, Chauffeur de Taxi Groove).

 En vieillissant, je m’aperçois que Solaar a été plus qu’important dans mon amour du rap, tout comme ; Tiers-Monde, Medine, Youssoupha ou encore Kery James, des rappeurs de ma génération, on dirait qu’il est urgent pour moi, pour nous, de le clamer haut et fort. Merci Claude, pour tout ce que tu as fait pour nous, merci au 501 Posse, à Soon E Mc, Menelik et surtout Democrates D qui, par leur plume violente, mais soignée, ont fait trembler la France en 1995 avec leur album ; La Voie du peuple. Merci À Melaaz pour son intervention sur Bouge de là, mais surtout pour ; Je marche en solitaire.

Merci Claude, dès le début d’avoir été hip-hop et fédérateur avec : Ragga Jam. Dans les années 90 et 2000, le département du 94 a vu passer des artistes incroyables comme ; Mafia K’1 Fry, Timides et Sans Complexe, Rocé. Néanmoins, que serait le rap sans Lionel D ou Mc Solaar qui eux aussi sont les enfants de ce département aux racines Ragga aujourd’hui appelé Dancehall.

C’est le départ d’un nouveau chapitre pour Mc Solaar et cela me remplit de bonheur.

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Rédacteur en chef. J’ai la plume passionnelle. Toujours le petit coup de crayon afin de souligner l'histoire et les tendances.

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