ROCK/RAP – Crossover – Part 2 (1990-1995)

Faith No More – Fishbone – Suicidal Tendencies – Primus – Das Efx – Red Hot Chilli peppers – Ice T ect…

Édito

Bien implanté dans les années 90, ce crossover va s’affirmer de plus en plus sous différentes formes avec des noms assez populaires pour commencer à le faire vivoter. Avant cela il en existe des plus mutants, mais néanmoins très intéressants et qui ont aussi toutes leurs importances. Il est important de mettre en lumière certaines formations qui dans leurs originalités ont participé à la popularisation de ce crossover. N’oublions pas les fondamentaux, base de toute recherche empirique.

Mi 80, début 90, nous sommes dans une étrange période ou musicalement tout se croise et s’entrecroise. Le rap finit sa période Breakbeat pour s’en aller vers le Boom bap, le rock quitte le Glam pour se radicaliser vers le Trash Métal et le Grunge et la musique aux teintes fusion tente des affaires. Il va sans dire que pas tous les groupes cités en exemple adoptent un chant avec un rythme rapé ou un flow à proprement dit, mais l’influence rap se retrouve majoritairement dans le groove et la composition des structures musicales, c’est dans cette ouverture que ce crossover se forme.

Red Hot Chilli Peppers popularise le genre en 1991 avec l’album Blood Sugar Sex Magic mais dès le début des années 90, Faith No More propose un crossover très intéressant dès le premier album. Faith No More est un groupe très important pour moi, car il représente beaucoup pour le mariage des genres. Que ce soit avec le premier chanteur Chuck Moseley ci-dessous ou bien avec le fameux Mike Patton, ce groupe sera l’influence majeur de ebaucoup de groupes que nous verrons par la suite. Voici le légendaire morceau We Care a lot sorti en 1985.

Extrait de l’album Blood Sugar Sex Magic ; Give it away

La déferlante RATM

1992, RATM débarque avec son premier album éponyme, une signature rapide en maison de disque et installe un ROCK/RAP des plus assumés. Ce premier album rentre dans la pop culture du fait des gros moyens l’accompagnant. Dès le début, RATM prône un anticonformisme, mais se fait vite rentrer dedans par des groupes plus underground comme Sucidal Tendencies, les trouvant très opportunistes et aucunement légitimes d’avoir leur discours. La formation californienne devient très vite le boys band Rebel à deux balles malgré une discographie, certes courte, mais punchy et plutôt intéressante.

Suicidal Tendencies, Biohazard, Pantera, Hedpe, Dog eat Dog ect….

En parallèle de la déferlante RATM, d’autres groupes présentent un crossover hyper intéressant fait à différentes sauces. Suicidal Tendencies est leur skate punk core au chant simili rappé proche de certains gangs de Venice Beach ont un discours plus véridique pour beaucoup, beaucoup plus que RATM pour certains. Le groupe devient vite le porte-parole de toute une jeunesse mise à l’écart. Join the Army, le premier album, sonne directement comme Légion.

Suicidal Tendencies

Mike Muir, chanteur du groupe, serait parmi ceux à avoir influé la mode des jeans baggy (larges). Également, il est le frère de Jim Muir affilié à tout le Crew Dogtwon dont le film Lords of Dogtown raconte l’histoire. La formation californienne arrive avec un skate punk core à la plume sociale, racontant le quotidien morose d’une jeunesse à Venice Beach. Une vraie mélodie cinglante des quartiers pauvres braquant le projecteur sur ce fameux quartier de Venice Beach. C’est à travers ce vrai monde que Mike Muir mettra corps et âmes toute sa carrière pour la scène et pour les siens. Surement quand il sera mort il sera encore plus enscencé aujourd’hui car comme disait François Truffaut « ce qu’on lui repprochais, c’était d’être vivant ».

Always an emotion, but how can I explain; how can I explain?
Kind of like the scent of a rose, with words I can’t explain, the same with my pain
Caught up in emotion, goes over my head; goes over my head!
Sometimes I got to think to myself is this life or death, am I living or am I dead

Biohazard

Groupe originaire Brooklyn Ny, la formation met en lumière cette identité HxC hyper teintés de rap et très peu mélodieuse. Je me souviens très bien quand je me suis pris en plein visage l’album Urban Discipline sorti en 1992, 9 mois avant le Vulgar Display of Power de Pantera. La même année mais au mois d’avril sortait également Dead Serious de Das Efx. Cette année était une grosse claque musicalement.

Rock/Rap on continue le progrès

1992 donc, Pantera sort Vulgar display of Power avec des titres très crossover comme ; 5 minutes alone ou I’m Broken, même si le groupe s’est toujours défendu de ne rien à voir avec le rap. Néanmoins, qu’on le veuille ou non, il n’en reste que la manière dont la formation a coupé le cordon avec le Glam de leurs débuts et est arrivé avec un Power Métal très groove est sujet à réflexion. Pour mes oreilles, un Mic Checka de Das Efx ou un 5 minutes alone de Pantera était sensiblement la même chose.

Le rythme des deux chansons voulant être radicalement opposées me faisait vivre les mêmes émotions et le fil rouge de ma réflexion se trouve exactement là. Je retrouvais dans les deux œuvres quelque chose de rentre-dedans, catchy et groove avec une tessiture accrocheuse et surtout d’une autre époque qu’un Walk this way d’Aerosmith et Run DMC qui pour moi faisaient partie de la génération d’avant.

Une autre scène…ma génération

C’est principalement à cette époque que j’ai eu le fantasme de pouvoir retrouver sur disque à la fois un Das Efx avec un Pantera, pourquoi serait-ce impossible ? Machine Head sortait Davidian et je fantasmais sur les tresses super gangsta de Robb Flynn qui me rappelait celles de certains rappeurs d’Oakland et de toute cette imagerie urbaine mais rock à laquelle je m’attachais, moi jeune garçon ayant grandi en banlieue d’une ville, mis à l’écart. Je me sentais proche de Robb Flynn en découvrant Davidian ans savoir ce qu’était la secte des Davidians.

Merauder sortait sa démo tape en 1993, Biohazard fracassait tout sur son passage et quelqu’un allait enfin réaliser mon rêve, un certain Happy Walters….

Body Count, (LA, home of the body bag)

Ma génération c’était les ados qui allaient franchir ce mur cassé par Steven Tyler dans le clip de Walk this way. Ma génération c’était un crossover plus rough, plus dur et Ice T dont je dévorais les albums, allait m’offrir un album de taille. Ma génération c’était Edward Furlong avec un T-shirt Public Enemy sur You Could Be Mine, de Guns N Roses, mais c’était aussi Buggy dans Do The right thing. Ice T l’a très bien imagé avec la pochette de l’album après OG, Home Invasion.

Rap’n’Roll Hall of Fame

1991, sort l’incroyable OG, Original Gangster. Sur cet album, on a des pépites ; New Jack Hustler, bande originale du film du même nom dans lequel Ice T tient un rôle époustouflant auprès de Wesley Snipes, Chris Rock, Mario Van Peebles. Également, le bijou Mind over matter mais surtout la chanson numéro 18 ; Body Count.

From South Central Los Angeles

10 mois après, en mars 1992 sort le premier album de Body Count, le groupe d’Ice T et là je suis quelque peu confus ! Ice T à un groupe de rock, heu de punk, heuuu de métal punk, de rap métal punk trash heu……. Le son, la structure des chansons, la manière pour Ice T de se poser sur des structures métal est super avant-gardistes. Néanmoins Ice T n’a pas vraiment de talents de chanteurs mais son chant rap quelque peu spoken word est super original. 5 mecs de South Central qui font une sorte de punk métal, wow c’était NOUVEAU !

Et quelque part et surtout indirectement, cela ouvre la porte pour ce qui allait arriver 18 mois plus tard, oui oui 18 mois plus tard.

Judgment Night est passé au travers du mur

1993, 18 mois plus tard, un certain Happy Walters a eu l’idée de la décennie, celle de réunir artistes métal/rock avec des rappeurs. Lorsque Steven Tyler brise le mur avant le 1er refrain et fini sur scène avec Run DMC, Judment Night est l’un des enfants qui traverse ce mur et permet ce fameux crossover. L’idée de base revient à Happy Walters étant un jeune étudiant fougueux de l’Université du Michigan qui à 22 ans décide de devenir manager de Cypress Hill et House Of Pain. À 22 ans et avec une mentalité de business man, il avait senti le bon coup à faire.

Au travers de plusieurs discussions entre eux et du fait pour Cypress Hill de déjà partager les scènes de festivals avec entre autres ; Soundgarden, Pearl Jam, l’idée est venue de réunir tout ce monde-là sur disque. Chacun y va de sa petite proposition, de qui il verrait avec qui et le résultat est cette compilation qui pour l’époque était complètement hallucinante.

Faith No More & Boo-Yaa T.R.I.B.E. – Another Body Murdered

Faith No More reste sur le même délire de gros son aux teintes atmosphériques que leur album Angel Dust pour leur collaboration avec Boo Ya Tribe. La formation Californienne réussie à amener les rappeurs dans leur univers et niveau expérience de groupe c’était tout à fait logique que cela se passe comme ça. Boo Ya Tribe avait sorti un premier album en 1990 donc 3 ans avant cette chanson et il sonnait très rap des années 80. Leur deuxième album Doomsday qui sortira un après Judment night, soit en 1994 sera définitivement très proche de l’univers de la collaboration.

Le bout du tunnel

Ce crossover explosera un peu malgré lui et va devenir très populaire à partir de la deuxième partie des années 90 pour être très popularisé dans les années 2000.

France

Lorsque je suis en France à cette époque, mon attention se porte sur ce crossover en pleine gestation donc forcément je suis très attentif à tout ce qui peut sortir. À l’époque si l’on consacrait la majorité de son temps à chercher des disques il était possible de suivre le marché et pour ma part, pas grand-chose m’échappait pour être franc. Je devais prendre le bus de ma banlieue jusqu’au centre-ville et arpenter les rues de pavés jusqu’aux disquaires pour tout chercher. Généralement j’y passais la journée, une vraie journée de travail. Également c’est l’époque où je suis à fond dans Judment Night, Faith No More, Helmet, qui vient de sortir l’album Betty qui est un pur chef-d’œuvre. Même si le film Judment Night est passé inaperçu, la bande originale a pu offrir aux amateurs de ce crossover un petit biscuit fort appréciable.

Voilà qu’en France les premières teintes du genre commencent à se faire entendre par le biais de deux groupes; No One is Innocent et Lofofora. Les deux formations proposent directement une sorte de crossover assez dur à la plume sociale. Musicalement, on observe des ressemblances avec Helmet, the Clash, Red Hot, une sorte de pot pourris. Des enfants des Bérurieurs Noirs amateurs de Black musique également, donc tout cela arrive comme un nouveau souffle.

Rare interview du groupe Supreme NTM ou Joey Starr arbore un t-shirt de Sucidal tendencies et parle du crossover ROCK/RAP.

Part 1 

 

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Éditorialiste, musicien/mélomane. J’ai la plume passionnelle. Toujours le petit coup de crayon afin de souligner l'histoire et les tendances.

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