ROCK/RAP – Crossover – (Hors série Québec)

Édito

Après les 4 parties publiées allant de 1968 à aujourd’hui ou nous avons vu comment le rap s’est acoquiné avec le Funk, le Jazz, le Rock, le Métal puis les sonorités industrielles, le dernier volet allait s’arrêter sur le Québec, dans le but de brosser un portrait de ce qu’a été le crossover entre le Rock et le Rap des années 70 à aujourd’hui.

Comment le crossover est né ici et comment s’est-il matérialisé. Il est important de comprendre qu’avant de me lancer dans la recherche et la rédaction des 4 parties précédentes et donc de couvrir les États-Unis et la France, de 1968 à aujourd’hui, mon envie première était de couvrir juste le Québec. Néanmoins quand on réfléchit un peu on s’aperçoit que l’influence américaine a été et est encore plus que majeure et donc inévitable. Il était donc important de commencer par les États-Unis pour après revenir sur le Québec, même si dès les années 70, des initiatives ont été entreprises ici.

Début de la réflexion

Ma réflexion part d’une chanson intitulée ; RIP d’Obey the Brave et Loud Lary Adjust, sorti en 2017 sur l’album Mad Season d’OTB. D’une manière générale j’écoute beaucoup OTB et LLA, mais en parlant de cette chanson autour de moi, je me suis rendu compte que peu de gens la connaissaient donc ça m’a mis la puce à l’oreille. OK, le métal est populaire au Québec et nous sommes réputés pour avoir ici une scène de métal extrême très développé, mais qu’en est-il du crossover entre le rock et le rap ? Également la scène néo métal, à quoi a-t-elle ressemblé ici, dans le passé ? Quels ont été les groupes phares du crossover Rock/Rap au Québec ? Est-ce qu’entre 1990 et 2000 des groupes sont sortis du lot ? Tant de questions.

«RIP»

Cette chanson est sortie en 2017, LLA avait raccroché déjà depuis 1 an, cependant Mad Seasons était un album très intéressant pour OTB car hormis le premier, Young Blood, qui avait eu un franc succès du fait que c’était le premier, les deux suivants étaient un peu redondants, dur de trouver son identité. Mad Seasons est arrivé comme un vent de fraîcheur dans la vie du groupe et d’autant plus avec ce featuring. Finalement, je me suis posé la question de qu’en est-il du Rock/Rap au Québec ?

En tant que Français américanisé, je savais que dans ces deux pays on avait de quoi parler, mais en tant que québécois nouveau, je me devais de trouver de quoi satisfaire mon désir de connaissance. Nous verrons que des initiatives quelque peu originales se sont passé ces 40 dernières années et que beaucoup d’artistes ont flirté avec le genre de plusieurs manières.

Le commencement, un peu d’histoire

Afin de mieux comprendre l’historique de ce cross-over au Québec, il fallait que je mette sur la main sur des spécialistes en la matière, des personnes d’ici avec une grande connaissance musicale. De ce fait, j’ai décidé de me tourner vers Alex Erian, ancien drummer de Neuraxis, puis chanteur d’Obey the brave et Despised Icon. Je me suis dit que vu son passé dans la scène et ses connaissances musicales et que je l’avais déjà passé en entrevue dans le passé, ça allait être un bon Pick. J’ai rencontré Alex à quelques reprises, dans des concerts, notamment pour Emmure et à une autre reprise pour l’interviewer pour une émission de radio quand j’étais étudiant à L’UQAM. Malheureusement par faute de temps puis avec la pandémie et ses nouvelles activités ça ne sait pas fait mais j’en profites publiquement pour envoyer pleins d’amour à Alex. Il fallait donc que je trouve quelqu’un d’autre pouvant me renseigner et qui allait m’aider à remonter loin dans le passé.

Felix B Desfossés et le Québec

Après quelques recherches j’ai eu une illumination ; Felix B Desfossés pardi !!! Il allait pouvoir me ramener assez loin afin que je puisse tracer une frise chronologique en ce qui concerne mon sujet. Felix et moi, nous nous sommes donc entretenues et en es ressorti une très belle discussion entre deux passionnés de musiques et donc de surcroît plusieurs noms qui allaient me donner un point de départ et la possibilité de tracer un fil rouge jusqu’à aujourd’hui.

J’en profite pour le saluer et le remercier pour son temps. Ses deux livres ; Les racines du hip-hop au Québec T.1 ainsi que ; L’ Évolution du métal québécois : No speed limit (1964-1989), ont été très important dans ma recherche et sont tous deux disponibles à l’Éditeur DU QUARTZ.

Nous pouvons en fin commencé, installez vous dans la machine à remontez le temps, le voyage va être funky, pas à peu près !!!

Péloquin / Sauvageau Monsieur l’indien (1972)

Ce duo très original et hors du commun est composé de Claude Péloquin, poète provocateur et de Jean Sauvageau, sorte de Jean-Michel Jarre québécois, qui après avoir fait ses classes dans la musique Jazz, s’est spécialisé dans la recherche et l’expérimentation de la musique électronique. L’expérimentation et la recherche sont deux choses que l’on retrouve totalement dans leur album ; Laissez​-​nous vous embrasser où vous avez mal, qui pour moi est non seulement une œuvre très singulière mais ou Claude Péloquin au micro fait complètement office de MC (maître de cérémonie) et compte des histoires, allant du Spoken Word au Slam, tout cela habillé d’une musique totalement unique. Cette œuvre est complètement l’exemple d’une vulgarisation du rap mais habilement faite. Créer quelque chose de la sorte en 1972 est très inattendu et complètement lunaire. Il existe peu d’œuvres musicales de la sorte donc il était important de la souligner.

Jean Sauvageau, l’explorateur sonore (en avance sur son temps)

AUT’CHOSE (73 – 77)

Un an plus tard, se forme la groupe AUT’CHOSE qui question originalité mérites également sa médaille.

Dans la partie 1 de ce dossier, nous avons commencé avec Eric Burdon & The Animals en 1968 comme (quelque peu) point de départ de notre recherche. Bien sûr il va de soi que poser une date de début, en soi c’est quelque chose d’impossible, car vu que nous avons élargi le crossover à pas seulement le rock en tant que tel, mais à tous genres qui pourrait s’acoquiner avec, ceci élargi encore plus notre spectre et donc complexifie la tâche de trouver une date de début au crossover. Également, je précise qu’il serait très irrespectueux de ma part de dire que telle ou telle œuvre est valide pour être le début ou pas.

Dans son ouvrage ; L’évolution du métal québécois, No speed limite (1964 – 1989), Felix B Desfossés parle de la formation AUT’CHOSE comme étant avant-gardiste, soit pré rap, pré punk ou pré métal. Il est important de noter que pour Lucien Francoeur, la formation Eric Burdon & The Animal est très importante dans son cheminement musical, je trouve que cela boucle bien la boucle entre la première partie et la dernière partie de notre dossier. Tout comme Péloquin / Sauvageau, Aut’chose tape dans le mille niveaux singularité. Musique rock, très énergique, très The Rolling Stones, très dissonante, avec un front man très charismatique, qui racontait un Montréal des plus Rock ‘n’ roll, brûlant la vie par les deux bouts. Lucien Francoeur récite, fait du story telling tout comme le faisait Slick Rick dans le rap, et se démarque totalement des autres formations de l’époque.

AUT’CHOSE n’a duré que 3 ans et faisait un style musical assez ambigu, mais qui a beaucoup compter pour beaucoup de musiciens au Québec pour la simple et bonne raison que Lucien Francoeur lui-même à toujours à l’esprit l’importance du rythme dans son phrasé. Francoeur, dans son interprétation était un rappeur comme l’était Jacques Brel ou Bobby Lapointe.  AUT’CHOSE sortira 3 albums, et Lucien Francoeur réalisera 6 albums solos, pour la plupart composé et enregistré en France.

Le Rap à Billy

À ce propos, l’une de ces pièces les plus connus est cette pièce très importante, car elle représente pour le Québec une sorte de premiers essais de vulgarisation du rap, bien avant le rap comme l’expliquait Felix B Desfossés, dans son ouvrage. Remontons un peu en arrière et parlons des premiers essais de vulgarisation rap en France et au Québec justement.

France & Québec

Pour la France, Le groupe Chagrin d’amour et le single Chacun fait (c’qui lui plaît) en 1981 inonde les ondes radio françaises tandis qu’au Québec, l’album Jour et nuit, Montréal, de Lucien Francoeur sort en 1983 et rencontre également un fort succès. Sidney, précurseur de l’émission H.I.P H.O.P  en France, sort avec David Guetta en 1990 la chanson Nation Rap, rappelant l’électro boogie des débuts.

Dans cet album, figure la chanson Le Rap-à-Billy, qui fait partie de ses premiers essais de parole parlée sur une musique disco, funk. À ce moment-là, le rap n’est pas encore arrivé en France et au Québec mais quelques premiers artistes se font entendre. Pour la France nous avons New Générations Mc, EJM, Johnny Go, et la variété s’en inspirera directement. Phil Barney à l’époque animateur sur une petite radio, Carbone 14 sera l’un des premiers en France à diffuser la chanson Rapper’s Delight du groupe The Sugarhill Gang, car la radio recevait les sorties du label Tommy Boy.

Au Québec, les premiers partys teintés de rap se font entendre dès la fin des années 70 avec des Dj comme Slinky puis des rappeurs comme Chuck Ice, Les Frères Shaka ou Blondie B, dont Felix B Desfossés parle merveilleusement bien dans son ouvrage sur le Hip Hop.

Les années 80

Les années 80 au Québec sont des années très Heavy-Métal. Le Hip-Hop fait ses premières apparitions, le crossover n’existe pas en tant qu’identité propre et singulière, mais le Heavy-Métal est bouillonnant. Nous retrouvons tous un tas de groupes, tous très inspiré des groupes phares de l’époque ; Sepultura, Slayer ect. Du côté de Montréal, nous avons la formation DBC – Dead Brain Cells, qui pratique une sorte de Trash métal très expéditif et sans concession. Également, D.D.T qui eux se rapprochent plus de groupes comme Iron Maiden. Fin des années 80, nous avons aussi au Québec le groupe Brutal Agression qui joue une sorte de Brutal Trash Punk avec un chant très offensif, très proche de l’univers punk et Oi!

Voivod

L’un des groupes québécois les plus importants de la scène métal est bien sûr Voivod, formé dans la ville de Jonquière en 1982. Dès le premier album, War and Pain, la barre est mise très haute, tant au niveau des compositions que de la production de l’album. Voivod enregistre ce premier album au Saguenay et démontre déjà une envie de se surpasser. La formation québécoise comptera dans ses membres, le populaire Jason Newsted qui après avoir joué avec Metallica de 1986 à 2001 officiera dans Voivod de 2003 à 2009.

Les années 90

Début des années 90, le rap s’installe au Québec avec directement la compilation Je rap en français vol 1. En parallèle des essais de vulgarisation de rap que nous avons vu et des rappeurs plus durs, qui déjà eux sont ancrés dans la culture Hip Hop avec le discours d’Afrika Bambaataa, Grand Master Flash, Grand Master Caz et bien d’autres, ce genre de rap dansant aux Beats très Dance-Music se retrouvent dans toute la francophonie. En Belgique, le trio Benny B cuisine la même sauce avec le single Mais vous êtes fou, dés 1989, ainsi que leurs deux albums qui suivront, popularisant néanmoins le genre aux yeux de tous. Fait intéressant, de nos jours, certains peuvent être surpris de l’engouement pour ce genre de Prods, comme du côté de Marseille avec JUL mais tout est cyclique finalement, tout n’est que recommencement.

Tu es qui toé – Dédé Traké

Dans la famille des œuvres musicales faisant dans les teintes de chant rappé je voudrais le tonton Dédé Traké avec le maxi 3 titres Tu es qui toé. Au début des années 90, il était très courant de retrouver ce genre d’incitatives de sortir une chanson puis d’en décliner deux ou trois remix avec différentes teintes, tout ça vendu sur le même CD à un prix ridicule. En l’occurrence ici, nous avions la chanson Tes qui toé plus deux remix, un Rock et un Dance. Ces opérations très souvent dictées par les maisons de disques étaient destinées à en faire des versions pour les radios, les discothèques et s’en suivaient généralement un vidéo-clip, pour les chaînes de télévision musicale.

La musique populaire teintée de rap, malgré elle

Dédé Traké faisait dans un rock très radio édit aux teintes Beastie Boys avec un chant teinté de rap également. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est à proprement dit du rap mais on ressent très fortement les inspirations ; Beasties boys, Run DMC & Aerosmith, tout ce qui avait explosé à l’époque et qui avaient été commercialement très populaire en fait. Les années 90 sont empreintes d’une pop radio aux sonorités très colorées et très empreints du rap et l’influence du rap dans la musique populaire québécoise traverse les époques jusqu’ à aujourd’hui encore.

Dans son deuxième album intitulé, L’amour est sans pitié, Jean Leloup en est le parfait exemple. Il développe cette manière de chanter très rythmé, courant après le rythme et c’est ce qui fera vraiment son identité et sa singularité, la manière de découper les mots, de les prononcer également et de les déposer sur le rythme.

À la même époque, (1990), Dee-Lite fait un carton avec le titre Groove is in the heart, très proche de l’univers d’un Jean Leloup justement. Au Québec, la formation Laymen Twaist à la même recette avec entre autres la chanson Elle danse en Moi, présentant ce rock très funky, à la sauce Fishbone. Même si le rap est aujourd’hui rendu très populaire, il commence à influencer le reste des genres musicaux dès le début des années 90. Un titre comme Groove is the heart n’est pas loin à l’époque d’artistes comme Heavy-D ou encore Dj Jazzy Jeff and The Fresh Prince. La preuve de sa familiarité avec le rap, sur ce titre, Q-tip de A Tibe Called Quest est en featuring prouvant la puissance d’influence du rap sur la musique Pop.

2000 à aujourd’hui

Par la suite on retrouve des artistes comme Émile Bilodeau avec par exemple la chanson Dehors ou encore Les Cowboys Fringants et la chanson En berne, faisant tous deux un pop très empreint du chant rappé. Également, comment oublier la formation montréalaise, très poche de Jean Leloup, Bran Van 3000 qui était un groupe au genre difficilement étiquetables et très empreint de la culture hip hop. Un exemple très marquant, la chanson Drinkin in LA extraite de leur premier album intitulé Glee. La production fortement inspirée des sonorités pop de l’époque vient se marier avec un beat classique Boom bap et un chant rappé. Afin d’enjoliver la chose on y retrouve l’apport d’un refrain au féminin et quelques parties de couplet co chantés par une cette voix féminine, très courant à l’époque, dans des chansons de rap plus classiques. Le génie de Bran Van 3000 à été de prendre cette recette est de l’adapter à sa sauce. Du génie ! Thx James Di Salvio.

Guâdjéwâ

À la sauce RATM, la formation québécoise faisait complètement dans un crossover très brute, un pur exemple de mélange rap et rock. Malgré son album unique sorti en 2011, ce groupe marquera l’histoire de ce crossover au Québec car peu ont été les groupes leur ressemblant.

Guerilla

Formation originaire de Sherbrooke, Guérilla s’est formée à la moitié des années 90 en proposant un rap métal des plus crossover qu’il soit avec une plume assez militante. La formation se fera censurer par la chaine de télévision Musique Plus en 1998. La discographie comporte deux albums majeurs en 1998 et 1999.

Fatal Switch

Dans un genre plus métal industriel aux grosses productions digitalisés, la formation montréalaise alterne ente chant clair et également chant rappé. Les influences du groupe vont de Megadeth à bien sûr Korn qui a influencé énormément de musiciens actuels avec leur apport groovy rap.

Jay Lavish x ZIGAZ

Le futur et le nouveau rock sonneraient exactement comme sonne ce duo qui en fait n’en est pas un à proprement dit. Jay Lavish et ZIGAZ sont deux artistes solos ayant collaboré sur un EP sorti cette année de manière indépendante. Les deux artistes font du rap, les deux à leurs manières très inspirés dans l’imagerie de la culture Heavy Métal et Emo rock. Ils ont intitulé leurs EP NOUVEAU ROCK et je trouve que cela coule totalement de sens vu comment le rap s’est teintée de mille et une musique depuis le début des années 2000, n’arrêtant pas de se ré inventer aujourd’hui, du fait d’être devenu justement, la nouvelle pop music et donc !  le Nouveau Rock.

EPISODE 1

ÉPISODE 2

ÉPISODE 3

ÉPISODE 4

INTERVIEW AVEC RUIN THE BEAT

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Rédacteur en chef. J’ai la plume passionnelle. Toujours le petit coup de crayon afin de souligner l'histoire et les tendances.

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